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Partir à l'étranger : humanitaire, bénévolat, volontariat et volontourisme

Partir à l'étranger : humanitaire, bénévolat, volontariat et volontourisme

Dans les forums voyages, je vois pas mal de gens intéressés par les projets de volontariat à l'étranger. Ayant justement bossé 4 ans dans une organisation qui travaille dans ce domaine, je me suis dit, tiens, pourquoi ne pas parler de ce genre d’opportunités ?  

A travers mon expérience pro, j’ai vu aussi défiler énormément de jeunes qui voulaient « partir en mission humanitaire », et encore aujourd’hui je vois énormément de posts sur les forums et sites de voyages, qui allient ou mélangent les termes Humanitaire, volontariat, bénévolat, et volontourisme. J’ai donc voulu parler un peu de tout ça avant de vous parler des différentes opportunités qui existent.

Attention, je ne dis en aucun cas que le volontariat ou l'humanitaire c'est mal. Je dis simplememt qu'il s'agit, par définition, de deux choses différentes. 

 

  • L'humanitaire

L’aide humanitaire est une aide d'urgence et ponctuelle, mise en place dans une zone et lors d'une situation de crise exceptionnelle, post-crise, ou de catastrophe naturelle.

Elle requiert des compétences spécifiques, utiles, une expertise, une certaine expérience. Bosser dans l'humanitaire, c’est un métier.

Un jeune fraîchement bachelier souhaitant prendre une année de césure pour réaliser un projet à l’étranger n’est donc à priori pas concerné par l’humanitaire.

Et même en ayant plus d'expérience. A moins d'être médecin, non, on ne part pas en intervention humanitaire. Encore moins dans une zone à risque, ou un pays en situation de conflit armé. Je réduis à médecin pour donner un exemple concret, mais bien entendu, beaucoup de corps de métiers sont concernés.

Par ailleurs, donner des cours d’anglais (ou de français, peu importe) n’est pas une intervention humanitaire, ou que ce soit dans le monde. On distingue en effet l’aide humanitaire à l’aide au développement.

  • Le bénévolat

"Le bénévolat n’est encadré par aucun statut juridique. L’engagement du bénévole est totalement libre, sans obligations d’horaires, sans contrepartie, sans rémunération, sans condition d’âge." 

  • Le volontariat

Le volontariat est un engagement mutuel d'interêt général, une collaboration exclusive, soumis à un contrat. A la différence du bénévole, être volontaire c'est un statut.

Le volontaire est engagé généralement à temps plein, et pour une durée définie. Il n'est pas rémunéré, on ne parle donc pas de salaire, mais d'indemnité, qui peut être d'ordre financière ou en nature. Par ailleurs, le volontariat ouvre généralement des droits à une couverture sociale. 

Les projets de volontariat sont accessibles à partir de 18 ans, 16 pour certaines missions en France, et selon les programmes, avec une condition d'âge. Pour certains dispositifs, ils sont accessibles sans condition de diplôme ou de compétences.

Attention, un projet de volontariat implique de s'engager pleinement dans une mission, il ne s'agit pas simplement d'un voyage à l'étranger. Les volontaires sont tenus de respecter les conditions du contrat ainsi que les réglements des structures.

Le volontariat n'est donc par définition ni une mission humanitaire, ni une mission de bénévolat.

  • Le volontourisme, ou tourisme humanitaire

Beaucoup d’organisations surfent sur l’amalgame humanitaire/volontariat pour attirer de nouveaux clients, généralement des jeunes plein de bonnes intentions.

Et c'est très simple. Il suffit juste de sortir son carnet de chèque pour partir 1 mois dans un orphelinat au Cambodge, ou pour creuser un puit en Afrique. Partir et se rendre utile, cool non?

Oui, non, pas cool du tout en fait. Enfin, pas comme ça.

Le travail de ces organisations est avant tout purement marketing. A renfort de gros moyens de communication, ils jouent clairement sur les mots, n’hésitent pas à employer les termes humanitaire et ONG, sur leurs jolies brochures tape-à-l’œil, avec de jolies blondes aidant de pauvres petits enfants africains en couverture.

Projects Abroad est le meilleur, enfin le pire, exemple en la matière. Y'en a d'autres, mais c'est probablement le plus connu. Ils vendent des projets de volontariat, qu'ils estampillent missions humanitaires, juste pour vendre. C’est beau la communication.

Et ils vont plus loin encore. Ils promettent des projets accessibles à tous, sans diplômes, et à partir de 16 ans. C’est beau dit comme ça, oui. Sauf que, en creusant un peu plus, on se rend compte qu'ils envoient des personnes trop jeunes et non qualifiées sur des missions un peu plus sensibles. Selon eux et avec eux, un lycéen peut tout à fait partir dans des projets de types « sage-femme au Togo » ou « auprès des lépreux au Ghana ». Bah oui, tiens! Et ça choque personne ? J’ai une sœur de 14 ans qui veut devenir chirurgien plus tard, y’a moyen qu’elle vienne transplanter des cœurs ou greffer deux-trois poumons sur des pauvres enfants malades qui n’ont rien demandé dans les pays du tiers-monde ? Qu'importe le secteur, je trouve ça scandaleux qu'on envoie des gens non qualifiés sous pretexte que ce soit des pays du tiers-monde. C'est pas parce que les gens sont pauvres qu'on doit leur envoyer des gens sans experience ni compétences, surtout sur des missions comme ça.  

Ce n'est en aucun cas de l'humanitaire, c'est du business. Oui, on vous vend un produit. Car en plus de tout ça, ils demandent des sommes astronomiques, en aucun cas destinées à l’association sur place ou aux populations bénéficiaires de cette « aide ». Bah oui, 3000 balles de « frais administratifs » pour aller repeindre une école dans un pays pauvre. Déjà, 3000 €, billet d’avion non-compris, pour un mois voire deux semaines, ce n’est pas donné, on est d’accord. Payer si cher pour faire du volontariat, quelle drôle d'idée. 

Et deuxièmement, genre y’a personne aux Philippines ou en Tanzanie qui peut repeindre des murs, faut qu’on envoie des pauvres petits occidentaux? Y'a pas de main d'oeuvre locale peut-être ? On peut engager ou former combien de locaux pour 3000€ à votre avis ? Ça fait cher la BA. Cela défavorise vraiment le marché de l'emploi sur place, dans les pays en question, ça crée un besoin, et ça engengre des conséquences assez malsaines dans un grand nombre de secteurs. Le nombre d’orphelinats au Cambodge, par exemple, a triplé depuis ses dernières années, et en trente ans, le nombre d’orphelins est passé de 7000 à 47000. Selon l’Unicef, 74 % d’entre eux ont des parents. Malheureusement les orphelins c’est super vendeur.

Par ailleurs, ce genre de projets n’a aucun intérêt sur le long terme, aucun impact positif sur la population. On vient construire des infrastructures, installer des puits, des purificateurs d’eau, et une fois construits, on prend une jolie photo et on se casse sans former personne ni à l’entretien, ni à la maintenance ni à la réparation. Au pire si c’est cassé on se contentera d’envoyer de nouveaux touristes qui ont payé pour en construire un nouveau juste à côté. L'action paraît super utile sur le moment, mais les volontaires n'ont malheureusement pas souvent un effet durable. 

Et je ne parle même pas des missions avec les enfants. Non, envoyer des gens non qualifiés pour s'occuper d'enfants, jouer les profs ou les infirmiers dans les pays du sud, n'est pas une bonne idée. Les enfants ne sont pas des jouets, qu'ils soient malades, orphelins, pauvres ou en bonne santé. Quelque soit leur situation, ils ont besoin d'un équilibre et d'une stabilité, pas de s'attacher à des gens venus jouer les Mères Thérésa et partir au bout de deux semaines. Ils ont besoin de personnes qui s'occupent d'eux de manière permanente. Personnellement, je trouverai ça honteux que mes enfants aient à changer de professeur tous les mois. Non seulement ce genre de missions a tendance à ruiner le developpement émotionnel de l'enfant, mais en plus, généralement, ces organisations sont peu regardantes sur les profils de personnes qu'elles envoient sur ce genres de missions. Pour bosser ou faire un volontariat auprès d'enfants en Angleterre, vous devez fournir un extrait de casier judiciaire. Mais pour faire la même chose en Thailande ou en Birmanie, tout va bien, pas besoin. C'est la porte ouverte à la pédophilie, c'est exposer inconsciemment les enfants à des risques inutiles.

Childsafe, pour la protection de l'enfance, ne soutient pas les missions (surtout courtes) où le volontaire travaille directement avec les enfants, pour toutes les raisons que j'ai énoncé plus haut. Je pense que ce genre de missions peut avoir une réelle valeur ajoutée, mais ça ne doit pas être fait n'importe comment, et cela doit respecter certaines conditions logiques, et éthiques. SelonChildsafe, il est nécessaire que le volontaire ne soit pas seul en charge des enfants, mais qu'il travaille plutôt en collaboration avec une personne locale qui en a la responsabilité professionnelle de façon permanente, et avec ce public, ils préconisent les missions plus longues (plus de 3mois). Cela permet réellement d'apporter une contribution qui va pouvoir être maintenue sur le long terme ainsi qu'apporter un réel support un peu plus stable et bénéfique pour l'enfant.

Enfin, ces actions de volontariat-humanitaire contribuent à nourrir l'amalgalme et décrédibilisent complétement le travail des personnes qui travaillent réellement dans l’humanitaire.

Bref, selon eux, pas besoin de compétences tant que vous avez le sourire et la ferme intention d’aider votre prochain. Et que vous êtes prêt à craquer votre PEL bien sûr. Sauf qu'une bonne intention ça ne suffit pas à changer le monde, et ces projets font généralement pire que mieux. Il ne doit pas y avoir d'effets négatifs à l'action, et elle doit être centrée avant tout sur l'interêt de la communauté locale. Or, ces missions ne profitent généralement qu'à l'entreprise de placements, qui ne cesse de s'enrichir sur le dos de la solidarité. Elles n'apportent rien à la population locale, ni même au volontaire. Oui, parce que généralement les missions sont tellement bancales et pas organisées que ça n'aura aucun impact intéressant sur le volontaire. 

 

Partir à l'étranger : humanitaire, bénévolat, volontariat et volontourisme
  • Ma conclusion.

Le volontariat est un réel engagement, mais ce n'est pas l'unique façon de s'engager dans un projet ou une cause. Si on ne se sent pas de partir et de s'engager pleinement sur un projet, alors ça ne sert à rien, on peut soutenir autrement. On peut soutenir les organisations financièrement, par des dons, ou les soutenir par des actions de bénévolat directement dans nos pays d’origine. C’est gratuit, et c’est tout aussi valorisant. 

Si vous souhaitez simplement voyager, qu'importe la façon dont vous le faites, n'ayez pas honte d'être touriste. Les pays vivent du tourisme ! Aujourd'hui, l'humanitaire est une notion à la mode, alors qu'être touriste, ça renvoie à une image négative. Je vois pas pourquoi devoir absolument se trouver une excuse, voyager c'est être un touriste dans tous les cas, et voyager pour voyager, ce n'est pas moins dévalorisant. Si vous souhaitez juste voyager, alors voyagez. Il ne faut pas que le volontariat soit simplement une excuse pour voyager en se donnant bonne conscience.

Si vous souhaitez vous tourner professionnellement dans le domaine de l'humanitaire, il existe des formations aux métiers de l’humanitaire, que ce soit en centres privés ou à l’université. Il existe aussi bien evidemment des missions humanitaires et des dispositifs d'engagement volontaires spécifiques à l'humanitaire. Mais dans tous les cas, le volontariat n'est pas obligatoirement de l'humanitaire, et l’humanitaire n’est pas un hobby, pas un passe-temps, et encore moins des vacances.

Si vous souhaitez partir sur un projet de volontariat, sachez qu’il existe plein d’alternatives à ce genre d'organisations de volontourisme dont je parle plus haut!  Oui, il y a bien evidemment des structures correctes, qui organisent des chantiers court-terme ou des missions longue durée (c'est à dire plus de 3 mois). Oui il y a des projets qui sont construits en collaboration avec la population locale, sans prendre leur travail, en répondant à des problématiques simples sans en créer d'autres. Les volontaires peuvent être réellement utiles si le projet est bien construit, et ça peut aussi être une expérience très enrichissante. Oui il y a des structures qui font ça très bien! Les organisations expertes dans la mobilité internationale et le volontariat ne font pas que placer des gens randoms sur des missions à la carte, elles les construisent en accord avec la population locale ET en accord avec les besoins du volontaire. Oui, l y a des organisations qui gèrent des projets intéressants, pas chers ou autofinancés, où vous devez simplement payer votre trajet et vos frais sur place, et à la limite, des frais d'inscription ou d'administration pas trop élevés qui permettent de faire fonctionner l'asso. Sachez aussi qu'il y a des dispositifs et des projets gratuits, voire même financés ! Non, pas besoin de vendre un rein pour partir en volontariat ! J'en parle plus en détails dans cet article ! 

Partir en volontariat, oui, mais pas n'importe comment.

 

PS:  j'ai bossé 4 ans dans les programmes de mobilité internationale, mais je ne connais pas tout pour autant, et je n'ai pas spécialement travaillé dans l'humanitaire. Par ailleurs, cet article n'a pas vocation à dire ce que vous devez faire ou ne pas faire. Je me contente simplement d'en parler, de relever des faits et de donner mon avis. Il est accusateur, oui, mais envers les entreprises qui se font du fric sur le dos des gens qui veulent bien faire, et non pas envers les personnes ayant effectué ce genre de missions. D'ailleurs, plus jeune et sans en être informée ou sensibilisée, j'aurai pu tout à fait partir avec ce genre d'organisme de volontourisme. C'est vrai que ça rend bien sur la brochure, mais quand on creuse un peu plus on se rend compte que la réalité est tout autre.

En tout cas, si vous êtes partis dans ce genre de projets, n'hésitez pas à laisser votre témoignage en commentaire. Sinon, vous pouvez aussi laissé votre avis sur la question :) 

  • Quelques liens

Sur le même sujet, cet article. Et ce témoignage d'une journaliste en mission au Cambodge.

Pour s'informer d'avantage, Childsafe pour la protection de l'enfance en voyage, mais aussi en volontariat. 

Je vous conseille de visionner la vidéo ci-dessus "Tout le monde ne peut pas aider sur le terrain" de Solidarités internationales.

Et cette vidéo sympa (en anglais) sur le pseudo humanitaire, qu'on m'a gentillement conseillé sur ma page facebook :

Sur un ton un peu moins grave mais tout aussi critique, je vous conseille aussi de faire un tour sur les célèbres comptes humanitarianoftinder et barbie savior, parce que les orphelins font les meilleurs selfies. 

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